Disney + : des classiques Disney bloqués sur les profils enfants

Découvrez mon article sur la suppressions des films Les Aristochats, La Belle et le Clochard et Peter Pan sur les profils enfants de la plateforme.

Nana Peter Pan
« Pauvre Nanaaaaaaaa… »

Depuis son arrivée en France le 7 avril dernier, on ne peut pas dire que tout se passe correctement pour la plateforme Disney + : bugs à répétitions ; communication désastreuse ; Une censure grossière (la polémique autour du film Splash) et des disparitions de contenus inexpliquées noircissent un tableau assez flatteur sur un plan comptable (la marque revendique 100 millions d’abonnements dans le monde et avait amassé plus de 16 millions d’abonnements en France en 10 jours).

En octobre dernier, Disney avait annoncé un renforcement des avertissements en marge de certains de ses classiques dans le but de prévenir les spectateurs que certaines représentations culturelles présentes dans les films sont aujourd’hui datées.

Voici le message affiché depuis octobre :

« Ce programme comprend des représentations datées et/ou un traitement négatif des personnes ou des cultures. Ces stéréotypes étaient déplacés à l’époque et le sont encore aujourd’hui. Plutôt que de supprimer ce contenu, nous tenons à reconnaître son impact nocif, apprendre de ce contenu et d’engager le dialogue et de construire un avenir plus inclusif, ensemble. Disney s’engage à créer des histoires sur des thèmes inspirants et ambitieux qui reflètent la formidable diversité de la richesse culturelle et humaine à travers le monde. »

Ce ne sont pas les premiers à le faire puisqu’en mai dernier, à la suite de la mort de George Floyd aux États-Unis, la plateforme HBO Max (dont Warner est propriétaire) avait décidé de retirer le film « Autant en Emporte Le Vent » ce qui avait généré une grosse polémique qui a contraint la plateforme a préciser qu’il s’agissait d’un retrait temporaire le temps de procéder à une recontextualisation de l’œuvre (mon article sur cette polémique est disponible ici).

À l’époque, j’expliquais l’importance de contextualiser certaines œuvres car cela permettait de ne pas créer d’ambiguïté mais je m’inquiétais également du fait que l’on regarde l’Histoire avec nos yeux d’aujourd’hui en occultant le contexte.

Je n’ai toujours pas changé d’avis : aujourd’hui faire de la pédagogie est beaucoup plus utile que de mettre les choses sous un tapis.

Une suppression incompréhensible sur les profils enfants.

Aujourd’hui, Disney a été encore plus loin puisque depuis le 20 janvier 2021, les films Aladdin, Dumbo, Les Aristochats, La Belle et le clochard et Peter Pan ne sont plus accessibles sur les profils enfants en raison de leur représentation datée (chats siamois qui chantent avec un accent asiatique dans la Belle et le Clochard ; chat typé asiatique dans les Aristochats ou encore les indiens dans Peter Pan ou les corbeaux dans Dumbo) mais un synthé d’avertissement a été renforcé sur les profils « classiques ».

Cette décision est tout simplement INCOMPRÉHENSIBLE dans la mesure où cela n’avait jamais été annoncé par la marque en octobre d’une part et d’autre part certaines suites des films supprimés sont toujours accessibles sur les profils enfants (c’est le cas notamment de Peter Pan, retour au pays imaginaire et La belle et le clochard 2 : l’appel de la rue).

De même, quel est l’utilité de renforcer la présence de ces synthés sur les profils adultes alors que la plupart ont visionné ces films lorsqu’ils étaient enfants ? S’il y a bien un travail de pédagogie à effectuer pour expliquer le contexte c’est bien chez les enfants.

Cette prise de position des studios Disney est assez opportuniste et hypocrite d’autant plus que les studios Disney ont mis beaucoup de temps à s’affranchir de certains de ses stéréotypes si l’on compare à d’autre studios d’animation (je pense notamment aux films des studios Ghibli bien plus progressistes)

Comme je le précisais dans mon article sur la polémique du retrait temporaire d’Autant En Emporte Le Vent en juin dernier, Disney occulte une partie de son Histoire en oubliant certaines de ses productions qui mériteraient une contextualisation plutôt que d’être ignorées je pense notamment au film Mélodie Du Sud qui est totalement renié par le studio aujourd’hui à cause de ses thématiques racistes ; il mériterait une double recontextualisation dans la mesure où ce film traite de l’esclavage pendant la guerre de sécession tout en ayant été réalisé à l’époque de la Ségrégation (il date de 1946).

mélodie-du-sud
Mélodie du sud est le film le plus polémique et le plus sensible du studio

Également, durant la Seconde Guerre Mondiale Disney a réalisé de nombreux spots de propagande pour glorifier l’armée américaine comme un rempart contre la barbarie et dans certains dessins animés certains symboles cachés comme le visage de Benito Mussolini placé sur le personnage de Stromboli (le visage du dictateur Italien a été parodié par un animateur du film) sont également présents.

Il est également important de rappeler que le passé de Walt Disney est loin d’être aussi féerique que ses films ; il a été en effet proche des Nazis (jusqu’à l’entrée en guerre des États-Unis en 1941) recevant même la réalisatrice du parti Leni Riefenstahl et son frère Roy a même fait la promotion de Blanche Neige et les 7 Nains en Allemagne aux côtés de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande du régime.

Pour l’anecdote, Blanche Neige et les 7 Nains était l’un des films préférés d’Hitler qui en a même réalisé des peintures retrouvées en 2008 par le directeur d’un musée Norvégien.

Soulignons également que récemment la marque a été accusée de complaisance avec le régime Chinois pour avoir accepté de tourner Mulan dans la région du Xinjiang là où sont détenus les ouïghours dans des camps.

Je veux bien entendre qu’il s’agisse d’un choix éditorial et même si les films sont toujours disponibles sur les profils classiques (encore heureux !) il n’en demeure pas moins que cette décision est inquiétante pour l’ensemble du catalogue de Disney voire même des autres acquisitions du studio.

Bien entendu, je ne critique pas le fait qu’aujourd’hui l’entreprise prenne au sérieux les questions de racisme ou qu’ils décident de vouloir faire des films plus inclusifs pour correspondre à notre société ; c’est une très bonne chose mais cela ne doit pas rentrer en conflit avec le catalogue du passé sinon on tombe dans du révisionnisme et cela devient problématique.

Une communication toujours aussi silencieuse…

Comme d’habitude, les différents comptes de Disney+ n’ont absolument pas communiqué sur le sujet et se contentent uniquement de balancer des gifs et des photos à l’effigie des différents personnages (et à envoyer un formulaire électronique quand on a un problème technique sur la plateforme plutôt que de répondre directement à la question mais ça c’est un autre sujet) ; c’est très sympa mais cela ne répond pas à la question : Pourquoi en être arrivé à cette décision ?

Évidemment, je n’ai pas pour habitude de regarder Disney+ avec un profil enfant mais cette décision scandaleuse arrive 3 mois après la suppression sans explications de nombreux contenus de la plateforme (voir ici) dont certains sont à l’heure actuelle toujours indisponibles et cela devient vraiment pénible de « découvrir » des décisions prises en douce.

Globalement, cette prise de décision de Disney ne fait pas l’unanimité sur les réseaux sociaux : beaucoup d’utilisateurs ne comprennent pas la position du studio et regrettent qu’ils en soient arrivé là.

En effet, beaucoup de parents ont montré ces films à leurs enfants et pour certains d’entre eux ils s’agissaient même de leurs dessins animés préférés.

Toutefois, bien qu’ils reconnaissent une représentation datée dans ces longs-métrages ; ils considèrent ces films comme des classiques intemporels qui ont traversé plusieurs générations : ils regardaient ces dessins animés lorsqu’ils étaient enfants et maintenant leurs enfants font la même chose ; c’est un cycle qui perdure et qui a fait en partie la renommée du studio.

Pourquoi est-ce inquiétant ?

Le fait de s’autocensurer comme le fait Disney est très inquiétant dans la mesure où les acquisitions du studio sont nombreuses et pas toujours adaptée pour un jeune public …

C’est le cas notamment du catalogue de la Fox qui contient un nombre important de films qui peuvent rentrer dans la catégorie « Représentation culturelle datée » mais qui ont tout de même marqué l’Histoire du cinéma et doivent rester accessible dans le but d’être vu par le plus grand monde.

En prenant sa décision, Disney prend le risque d’ouvrir une boîte de pandore qu’il sera impossible à refermer et qui mène tout droit vers un appauvrissement culturel et des projets aseptisés.

Certains projets risquent de tomber dans l’oubli ou pire encore être détruits par l’usure du temps s’ils ne sont pas restaurés ; c’est tout simplement criminel !

Les personnes qui prennent ce genre de décision manquent tout simplement de culture et prouvent une fois de plus qu’ils n’ont rien à faire au sein d’un grand studio crée il y a 97 ans !

l’Histoire se souvient de Walt Disney, de ses innovations qui ont révolutionné l’Histoire du Cinéma, des « Nine Old Men » ces animateurs qui ont participé au premier âge d’or du studio ou encore aux animatrices comme Retta Scott Worcester, Nancy Beiman, Ellen Woodbury ou Kathy Zielinsky qui ont participé aux plus grands films du studio ou plus récemment à Jennifer Lee, la réalisatrice de la Reine des Neige ; la première femme à la tête d’un long métrage.

En préparant cet article je me suis documenté sur la place des femmes au sein du studio et malheureusement je n’ai pas trouvé grand-chose car très peu de femmes travaillaient au sein des départements d’animation qui étaient majoritairement masculin dans les années 30 et 40 ; Walt Disney étant connu pour sa misogynie même si Mary Blair supervisa l’animation de Saludos Amigos et des Trois Caballeros ; la première femme créditée sur un film d’animation restera Retta Scott Worcester.

Mary Blair
Mary Blair (1911-1978) première femme à occuper un poste important chez Disney

Aujourd’hui les choses ont évolué mais il est quand même dommage que peu de femmes accèdent au poste de réalisatrice citons par exemple la réalisatrice Brenda Chapman qui avait été débarquée du film Rebelle pour les studios Pixar et qui a été remplacée par un Homme.

Toutefois, on ne retiendra jamais les personnes qui ont pris cette décision opportuniste et hypocrite.

Dès lors, on pourrait se demander si ce révisionnisme culturel n’est-il pas plus dangereux que les « clichés véhiculés » dans ces projets et si cet appauvrissement culturel n’est-il pas un danger pour l’équilibre de nos sociétés ?

Mise à jour de l’article :

Selon le Huffington Post, cette décision va être accompagnée par la mise en place d’un véritable contrôle parental le 23 février prochain (le même jour que la sortie de Star) et il sera possible pour les parents de créer des profils par classe d’âge (+6 ans ; 10 ans etc.) et d’autoriser ou non certains contenus du catalogue.

l’Idée est plutôt bonne et surtout bien plus logique que cette suppression des profils enfants (qui n’auront d’ailleurs plus vraiment d’utilité avec des profils par classe d’âge) mais encore une fois l’entreprise a très mal communiqué sur le sujet et cela devient vraiment pénible …

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